Les communications écrite et orale – Avantages et désavantages respectifs

Chapitre du livre « Homélies et prises de parole publique – 30 exercices pour se perfectionner – (Salvator édit.)

    Que diriez-vous de quelqu’un qui veut transmettre un message important et qui ne ferait aucun effort de communication ?

Pourtant la « communication » a mauvaise presse dans l’Eglise Catholique, y compris auprès des esprits les plus aptes à bousculer nos habitudes. Un exemple : au cours d’une de ses conférences de carême 2018 à Notre Dame de Paris, le philosophe Fabrice Hadjadj a glissé une critique sur « les défenseurs d’une Église « qui bouge », et qui se figurent que la com est plus décisive que la lectio divina » ?  Comme si les deux étaient du même domaine. Comme si le chandelier n’aidait pas la lampe à éclairer davantage…

Les bons orateurs ont tendance à méconnaître les difficultés de ceux qui n’ont pas leur charisme. Inutile, le travail de la communication quand des homélies sont incompréhensibles du fait d’une prononciation étrangère ou parce que le prédicateur n’a pas appris à maîtriser les brouillages dus aux résonances des lieux ? Quand de certaines, on ne retient rien, faute d’un objectif précis, ou d’un plan clair ? Quand des auditeurs s’endorment ?

Ce mépris pour la communication, relève de cinq ignorances :

  • les différences entre les communications écrite et orale,
  • le rôle évangélisateur des homélies alors qu’à notre époque, elles sont pour beaucoup la seule occasion d’entendre parler du Christ et de son Eglise,
  • le fait que, faute de retours objectifs, la plupart des prédicateurs ignorent la manière dont leurs homélies sont reçues,
  • l’effet attractif des homélies intéressantes et répulsif des autres, avec leur impact sur la participation aux messes dominicales,
  • les progrès en matière d’intéressement, de compréhension, de mémorisation et d’adhésion que procurent les exercices avec une méthode appropriée.

Car de quelle communication parlons-nous ici ? De celle des publicistes qui pour vendre n’hésitent pas à mentir sur l’utilité ou les qualités des produits ? De celle des hommes politiques qui vantent leur capacité à mieux gérer le monde ? De celle des acteurs qui cherchent à rendre véridiques des personnalités qui leur sont étrangères ? De celle des avocats qui pour défendre leurs clients n’hésitent pas à travestir la vérité ? Ou de celle qui consiste à utiliser les moyens humains qui touchent les intelligences et les cœurs pour mieux transmettre Jésus-Christ dans l’Amour et la Vérité ?

L’accompagnement en communication consiste à donner à chaque prédicateur des outils pour mieux transmettre. L’expérience acquise auprès d’un millier de prédicateurs venus s’entraîner en ateliers spécialisés a montré que leurs charismes et leurs difficultés en matière de communication sont éminemment variables et que, quel que soit son niveau, chacun peut progresser en s’exerçant avec une méthode adaptée. Mon objectif  n’est évidemment pas de critiquer des prédicateurs mais de les aider à mieux transmettre.

 

I – Deux communications bien différentes

         Arrêtons-nous un instant sur la première ignorance, celle des différences entre la communication écrite et la communication orale. Toutes deux ont en commun de ne pouvoir se passer du travail, en premier sur le fond et, en second, sur la manière de communiquer afin de se donner les meilleures chances de rejoindre l’intellect mais aussi l’émotionnel des récepteurs[1]. Toutes deux ont des similitudes comme l’intérêt des images pour solliciter l’attention ou des questions pour provoquer une réflexion active. Mais ensuite, chacune a ses spécificités dont l’autre est dépourvue.

1° La communication écrite a deux avantages et un inconvénient

– Les deux avantages

  • les récepteurs pourront découvrir et ruminer le message à leur rythme : ils le liront quand ils en auront envie ; ils le feront lentement ou rapidement selon la nature du contenu et la capacité de leur cerveau à l’instant de la lecture ; ils pourront le travailler soit en surlignant les mots et idées importants, soit en prenant des notes, soit en rédigeant un résumé ou un lexique ; ils auront enfin la possibilité de revenir en arrière sur les passages incompris, ou sur lesquels ils ont envie de réfléchir plus profondément, ou dont ils veulent imprégner leur mémoire.
  • le texte pourra être consulté à nouveau ultérieurement, à condition que l’auteur ait travaillé à créer l’envie de le conserver…

– L’inconvénient majeur

  • L’émetteur n’a pas la possibilité de transmettre directement sa passion, sa compréhension, son intime conviction, son adhésion profonde.

 2° La communication orale a un avantage et trois inconvénients

– Un avantage majeur

  • l’orateur/émetteur peut transmettre sa conviction de cœur à cœur, directement par ses variations vocales (force, débit, intonations) et par le « non-verbal » (attitude générale, regards, gestuelle, expressions du visage)[2].

– Trois inconvénients :

  • les récepteurs ne peuvent pas aller à leur rythme : une élocution trop lente ou trop rapide sera contre-productive ; ils ne pourront pas revenir en arrière s’ils n’ont pas compris un passage ; les moyens de mémorisation sont limités à ceux employés par l’émetteur (s’il en emploie) ; le temps laissé à leur propre réflexion est dramatiquement réduit à celui des questions-réponses (à condition que l’émetteur en utilise).
  • la communication orale est orateur/dépendante : certains sont spontanément doués ; d’autres ne le sont pas. S’ils ne cherchent pas à optimiser leur manière de transmettre aux cerveaux et de toucher les cœurs, quelle que soit la qualité du contenu, ils perdent à la fois les avantages de la communication écrite et ceux de la communication orale ! Imaginez Saint Jean le Baptiste ou Saint Paul lisant leurs textes !
  • en l’absence de support textuel, les paroles s’envolent (scripta manent).

Au total, les deux communications, l’orale et l’écrite, nécessitent des efforts spécifiques pour captiver les récepteurs, auditeurs ou lecteurs, mais la première nécessite beaucoup plus de travail[3]. En effet, si l’une et l’autre nécessitent un labeur de structuration (souvent imposé par la nature du contenu à transmettre), l’oral nécessite en plus un travail de préparation de la manière de le communiquer.

 

II – De la qualité de l’expression orale à celle de l’écoute

Qu’arrive-t-il quand un orateur en méconnaît les contraintes et les règles ? Pour l’orateur, pas grand-chose en l’absence de retour précis et honnête. Mais pour les auditeurs !!! Ces erreurs – qu’il faut apprendre à éviter – peuvent être regroupées en trois catégories. En voici quelques exemples. 

1° Les erreurs qui concernent l’objectif et les messages                      

  • Paraphraser génère chez les auditeurs le sentiment que vous les prenez des débiles ou que vous n’avez pas fait le travail sur le fond,
  • L’inadaptation au niveau de l’auditoire fait qu’ils sont soit in-intéressés soit largués,
  • L’enchaînement des lieux communs entraîne vite le sommeil,
  • La durée excessive d’une homélie (la vigilance auditive moyenne étant de 8 minutes), au lieu de préparer à la liturgie eucharistique, sème le sommeil voire l’énervement,
  • La répétition d’idées auparavant abondamment développées sème l’idée que l’orateur méprise son auditoire,
  • La surabondance d’idées ou de messages fait que la plupart des auditeurs débranchent et ne retiennent rien,
  • L’improvisation sans objectif précis (ce que je veux qu’ils sachent, ou ce que je veux qu’ils sachent faire, ou bien ce que je veux qu’ils aient envie de faire) fait que les auditeurs ne retiennent rien ou que des brides,
  • Choisir l’objectif sans avoir préalablement exploré la liste des « possibles » devant les textes du dimanche concerné, et cherché celui qui est le plus essentiel pour les auditeurs, expose à redire sans cesse les mêmes banalités…

2° Les erreurs de structuration du contenu

  • L’absence de plan avec des étapes successives bien tranchées rend l’écoute et la compréhension difficiles,
  • Lorsque vous n’annoncez pas le thème et son importance pour leurs vies personnelles et sociétales, beaucoup d’auditeurs ne se sentent pas personnellement concernés,
  • Lorsque vous utilisez des mots trop spécialisés ou de sens variables, ils risquent d’être incompris ou de l’être de travers,
  • Si vous ne posez pas de questions destinées à faire réfléchir, vous réduisez les chances d’appropriation des messages,
  • L’absence d’anecdotes ou d’images ne favorise ni l’attention ni la mémorisation,
  • Sans annonce de la conclusion, beaucoup risquent de ne pas l’entendre,
  • Si, lors de cette conclusion, vous ne résumez pas le parcours effectué, vous diminuez les chances de mémorisation,
  • Lorsque vous terminez sans proposition concrète pour la vie quotidienne, beaucoup auront l’impression qu’il s’agit d’une théorie sans implication concrète, et non d’une invitation à suivre Jésus-Christ !

3° Les erreurs concernant l’expression orale 

  • La lecture d’un bon devoir a peu de chances d’emporter la conviction des auditeurs,
  • Un débit trop rapide ne permet pas de suivre et trop lent, il endort,
  • Le prédicateur qui ne pas regarde pas son auditoire donne l’impression qu’il ne l’aime pas et perd la possibilité de savoir s’ils suivent ou s’ils s’endorment,
  • Une voix monotone sans variations de timbre, de rythme, de force, de débit et d’intonations sème l’ennui et le sommeil,
  • Les intonations ou l’absence d’intonations peuvent transmettre un message opposé à celui que vous souhaitez,
  • Un ton professoral ou pontifiant est incompatible avec le témoignage[4].
  • Si, lorsque vous parlez, vous restez figé, sans gestuelle ni expressions appropriées du visage, vous donnez l’impression que vous accomplissez un devoir mais que vous ne vivez pas à ce que vous dîtes.

………..

Cette liste n’est pas exhaustive. Chacune de ces erreurs contribue à rendre moins audible cette Parole de Dieu que nous voudrions faire aimer. Chaque fois c’est l’Eglise qui est devient moins audible. Bien heureusement, personne ne les commet toutes : à chaque rosier, ses épines. Bien heureusement aussi, le travail avec une méthode appropriée permet de s’en corriger durablement. Pour éviter que ces rendez-vous ne soient autant d’occasions manquées.

 

[1] Techniquement, toute communication se définit par un contenu, un émetteur et des récepteurs.

[2] Evangelii Gaudium 136 – « le Seigneur a aussi voulu rejoindre les autres par notre parole (cf. Rm 10,14-17). Par la parole, notre Seigneur s’est conquis le cœur des gens. »

[3] EG 145 -« La confiance en l’Esprit Saint qui agit dans la prédication n’est pas purement passive, mais active et créative. Elle implique de s’offrir comme instrument (cf. Rm 12,1), avec toutes ses capacités, pour qu’elles puissent être utilisées par Dieu. »

 [4] Evangelii Nuntiandi 41 (Paul VI) : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins. »

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