Paroles de laïcs

            Tout ce qui vaut pour les prédications s’applique pareillement aux prises de Parole chrétiennes en public par des laïcs. Certaines relèvent d’une délégation officielle pour pallier le manque de prêtres. Leurs règles institutionnelles ont été précisées dans l’ « Instruction concernant la collaboration des fidèles-laïcs au ministère des prêtres » (Congrégation pour le Clergé, 15 août 1997). C’est le cas des célébrations de funérailles, plus rarement d’ADAP (assemblées dominicales en l’absence de prêtre), ou de baptêmes, voire de recueil de l’engagement matrimonial. D’autres sont confiées par le curé ou ses adjoints, comme les lectures liturgiques. D’autres enfin sont des initiatives spontanées d’exposés sur notre foi et ses exigences.

         Pour prévenir le double risque de cléricalisation des laïcs et de déviance doctrinale, des règles précises doivent être respectées, notamment en matière de formation et de prudence. En aucun cas, ces précautions ne doivent être un frein à la mission d’Annonce du Christ et de son Évangile : elles sont des balises pour une plus grande performance. Rappelons-nous le rôle joué par les laïcs dans la christianisation de nombreux pays, notamment en Asie, mais aussi dans la rechristianisation de la France après le tsunami de la Révolution.

« Comment faire des Funérailles, un moment d’évangélisation ? »

Radio Notre Dame – Ecclesia Magasine – 02/11/2018 – Interview par Maxime Dalle :  

Lire « Accompagner les Funérailles, » chapitre IV,1 de « Homélies et Prises de Parole Publiques – 30 Exercices pour se perfectionner. »

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Paroles de laïcs – A l’approche de la mort, en illuminer la perspective

           Douleur, révolte, angoisse… les cris de Gilgamesh devant la mort de son ami Enkidou, dans une épopée vieille de plus de quatre millénaires, n’ont jamais cessé de retentir.

Merci mon Dieu pour la vie.

        Pourquoi est-ce que la plupart de mes malades ne ressentaient  la joie de vivre et, s’ils étaient croyants, n’en remerciaient le Créateur, qu’au sortir d’une maladie qui aurait pu être mortelle ? Et pourquoi plusieurs mois plus tard, repris par l’agitation de cette vie retrouvée, oubliaient-ils ce sentiment de joie et de reconnaissance ?

      Ayant soigné des centaines de malades durant un demi-siècle (1957 – 2006), j’ai souvent côtoyé la mort. De plus à trois reprises, je l’ai personnellement frôlée de près. Chaque fois ce fut la source d’une profonde réflexion. « Mon Dieu qu’ai-je fait de ma vie ? [1] » Puis de reconnaissance : « Merci mon Dieu pour la vie que tu m’as donnée et Merci pour ces entraperçus de ma mort qui m’ont permis de mieux savourer ma vie. » Trop souvent, nous n’apprécions un bien que lorsqu’il disparaît.

        Mais la circonstance la plus aiguë fut la brutale maladie de ma première épouse après 44 années de vie fusionnelle : durant ces 6 mois où elle se savait entre vie et mort, ensemble, nous avons intensément réfléchi. Puis ce fut la déchirure : je me retrouvai en plein désert. Il me fallut plus d’une année pour arriver à dire  « Merci pour les épreuves, Merci pour les traversées de déserts… »

         Les premières interrogations, je les avais connues durant la guerre d’Algérie devant les assassinats et exécutions sommaires. « Pourquoi me tuez-vous ?  ‑ Et quoi, ne demeurez vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte. Mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste.[2] »  Jeune médecin-appelé, j’ai vite constaté que les protagonistes des deux bords n’avaient d’autre choix: c’est bien avant qu’il aurait fallu réfléchir. C’est aussi ce que m’avait dit mon père lorsque, âgé de 5 ans, je l’interrogeais sur les rafles de nos voisins juifs.

         Depuis, j’ai décidé d’accorder le même niveau d’attention au combat technique pour la vie et au réconfort de mes malades. Lorsqu’un médecin accorde autant d’attention à l’homme qu’à l’organe à réparer, il n’est pas rare que, dans les situations les plus graves, un malade ou sa famille, ou les collaborateurs expriment leurs interrogations fondamentales. Même dans un hôpital public, astreint à une stricte laïcité, le chrétien peut répondre à condition de bien préciser qu’il le fait – non dans le cadre de son activité professionnelle – mais dans la simplicité d’une solidarité purement humaine. Cette fraternité commence par l’attention aux indices de demande les plus maladroits, à l’image de ceux que nous recherchons pour étayer un diagnostic. Car la pudeur ou l’absence d’habitude rendent souvent très difficile, l’expression des sentiments profonds. Les médecins savent bien qu’une demande peut en cacher une autre et qu’un homme peut désirer une chose et, simultanément, vouloir son contraire. Non seulement le chrétien ne doit pas fuir ce genre d’opportunité, mais il doit la faciliter. Le chrétien doit saisir toutes les opportunités : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »[3]

        Illuminer le sens de la mort pour ceux qui prennent conscience qu’il vont bientôt franchir la porte est le devoir de tout disciple du Christ. Mais ce n’est pas facile et la moindre faute de tact serait insupportable. C’est pourquoi je rapporte ici mon expérience de dialogues avec des mourants : d’abord avec mes malades que je ne pouvais sauver et avec ma première épouse, puis avec des amis, des relations et parfois des quasi-inconnus qui ont sollicité mon aide.[4]

Quatre raisons de répondre aux inquiétudes :

1° Le commandement d’amour – « J’étais malheureux et vous m’avez réconforté ». N’est-ce pas le sens de Matthieu 25 ? À l’évidence, il faut soulager les douleurs physiques et tout faire pour combattre la dégradation ou la mort. Mais d’un bout à l’autre du monde, d’Épictète à Bouddha, tous les sages ont montré que le regard que nous portons sur les événements et nos épreuves peut, selon ce qu’il est, nous emplir le cœur de malheur ou d’acceptation, voire de bonheur.

2° Notre foi/confiance – Le chrétien croit que Dieu s’est incarné par amour, s’est livré à la mort par amour, et nous entraîne dans sa résurrection par amour. Il est donc dans la situation très particulière de celui qui attend de vivre pleinement cet Amour. C’est loin de n’être qu’une opinion ! Si ce n’en était qu’une, comment expliquer le courage des martyrs, depuis la Judée et les amphithéâtres romains, avant même la construction du Colisée, jusqu’à nos jours ? En 2018, un prêtre est mort en martyr tous les neuf jours[5], et combien de laïcs ? Le sens original du mot martyr est « témoin » et le sens profond de l’acceptation du martyr est l’amour du créateur et des autres. C’est cette certitude qui permet aux chrétiens du Proche-Orient, du Pakistan, d’Inde et de Chine de rester fermes dans leur foi.

3° Les deux effets de la réflexion chrétienne sur la mort – Le premier effet est qu’elle n’est plus perçue comme un épouvantail. Le second est que chaque instant de la vie, non seulement doit être savouré intensément comme s’il était le dernier, mais trouve son sens dans la sortie finale. Cette réflexion peut donc changer positivement les vies individuelles, mais aussi rendre plus fraternels les comportements sociétaux.

4° L’impréparation des hommes actuels – Nos sociétés, rassurées par les extraordinaires progrès de la médecine, anesthésiées par la multiplicité des offres de consommation et assourdies par les nourritures sensorielles, ont évacué la mort. De sorte que la belle mort est devenue celle qui survient brutalement, ce qui ne laisse de place ni à la réflexion ni à la transmission. Déjà il y a deux millénaires, Jésus racontait l’histoire de cet homme tout heureux de s’être construit de grands greniers pour ses récoltes alors qu’il allait mourir la nuit suivante[6]. Plus récemment Pascal soupirait sur cet autre qui au lieu de réfléchir à sa prochaine mort, joue à la balle…[7]

D’abord écouter !

       Suivons l’exemple du chemin d’Emmaüs[8] : 1° le Christ questionne « De quoi discutiez-vous ? Pourquoi êtes-vous si tristes ? Qu’avez-vous compris ? Où en êtes-vous ? » 2° ensuite seulement, il explique. 3° il fait sentir une telle empathie qu’après, ils se souviendront de cette impression de chaud-au-cœur et que le soir venu, lorsqu’il fera mine de poursuivre son chemin, ils chercheront à le retenir : « Reste avec nous, Seigneur ». 4° il rompt le pain. 5° tout joyeux, ils repartent annoncer aux autres…

        Schématiquement j’ai rencontré deux situations : celui qui s’inquiète « est-ce que je vais mourir ? » et celui dont l’évolution et l’importance de la dégradation ne laissent aucun espoir de survie. Dans le premier cas, il faut éviter aussi bien la négation compassionnelle (oh combien tentante !), que l’affirmation brutale. Cette dernière pourrait avoir les pires conséquences et méconnaîtrait les nombreux exemples où l’évolution ne fut pas conforme au pronostic médical. Ce pronostic se basant sur des observations statistiques, méconnaît que l’individu peut se trouver à un extrême ou l’autre de la courbe de Gauss (courbe en forme de cloche qui exprime la durée de vie probable dans une situation précise). La réponse à donner tient en trois phrases : « on ne peut jamais prophétiser l’avenir avec certitude ; les médecins ne continueraient pas à vous soigner s’ils n’espéraient prolonger votre vie ; mais ils ne sont pas certains de réussir, de sorte qu’il serait prudent de vous préparer ». Alors commence la réflexion sur la transmission matérielle, puis sur la transmission spirituelle et affective aux descendants et aux amis. Et de nouveau, il nous faut écouter…

         Deuxième situation : ceux qui manifestement vont mourir. Il est important de situer dans quelle situation psychologique ils sont. Dans mon expérience, schématiquement, j’ai rencontré cinq types de situations.

Ceux pour qui la mort apparaît comme un soulagement de leurs douleurs physiques, de leurs handicaps multiples, de la disparition de leur conjoint(e), de blessures affectives familiales… (je ne m’étendrai pas ici sur le musée des horreurs que j’ai côtoyées.)

Ceux qui sont dans le déni total. Ils ne veulent pas savoir. Ils ont vécu sans rien voir et ce n’est pas aujourd’hui qu’ils vont ouvrir les yeux. Après leur mort, leur impréparation générera souvent de longs conflits familiaux et ils n’auront rien transmis de l’histoire familiale et des leçons acquises au cours de leur vie.

Ceux qui sont écrasés par la terreur. Terreur de l’inconnu pour certains ; Terreur du juste châtiment pour d’autres. Habituellement, ils se murent dans un silence total, allant parfois jusqu’à refuser les visites familiales ou à être hargneux vis-à-vis des soignants. D’autres hurlent leur détresse ou leur révolte, maudissant Dieu et les médecins. Tous souffrent terriblement moralement.

– Ceux qui n’aspirent qu’à la médicalisation de leur mort. « Par pitié, faites que je ne souffre plus, que je m’endorme rapidement, que je ne pense plus à rien. » J’ai été questionné par l’euthanasie du prix Nobel de physiologie, Christian Deduve, enseignant à l’Université Catholique de Louvain, qui après avoir fait venir ses enfants, s’est suicidé médicalement pour ne pas avoir à subir les misères ordinaires de nos fins de vie.

Ceux qui envisagent leur mort avec sérénité. Les uns parce qu’ils sont confiants en la promesse de Dieu d’une survie spirituelle infiniment heureuse, les autres athées parce dans l’anéantissement de la mort, ils ont la certitude de ne plus connaître ni souffrances, ni épreuves. Les premiers sourient, les seconds gardent leur dignité jusqu’au bout.

         À chacune de ces situations, correspondent des difficultés et des questionnements différents. Mais, dans mon expérience, tous ont en commun d’attendre de nous trois choses :

l’amitié qui va s’exprimer par des gestes simples, la présence, le sourire, du temps et à l’approche de la mort, la chaleur d’une main tenue,

la reconnaissance de leur dignité, de ce qu’ils ont fait de bien, de leur valeur, dans un rapport jamais vertical, toujours horizontal : « Le hasard fait que c’est vous le mourant et moi le bien-portant, mais ce pourrait être l’inverse et si j’étais dans votre situation, je serais heureux que vous m’aidiez ». C’est particulièrement important s’ils vivent des humiliations comme la perte des matières,

un dialogue qui associe l’écoute d’abord de ce que le mourant croit, puis, lorsqu’après un temps plus ou moins long, survient la question « Et vous, qu’en pensez-vous ? » une réponse vraie et des arguments qui sonnent justes.

Ensuite Répondre. Mais quelles réponses ?         

        Une réponse vraie et des arguments justes, qu’est-ce à dire ? Pour être « vraie », notre réponse doit provenir de notre conviction profonde, donc d’un triple questionnement : 1° en quoi est-ce que je crois ? 2° pourquoi est-ce que je crois ce que je crois ? 3° est-ce que je vis en conformité avec ce que je crois ? Dans ces circonstances, il n’y a pas de place pour le copier/coller dogmatique ou les théories artificielles. Le cœur a besoin de ce cœur à cœur.

        Mais simultanément, la raison a besoin d’un argumentaire crédible. Celui-ci doit répondre aux quatre questions : comment croire en une vie future pour laquelle nous n’avons aucune preuve sérieuse ? Sur quoi repose la conviction des chrétiens ? Comment se passera ce passage ? Comment vivrons-nous dans l’au delà ? Chacun doit élaborer son argumentaire dans ses propres méditations, selon la recommandation de Saint-Pierre, « soyez toujours prêts à répondre… à quiconque vous demandera raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect[9] ». Cela ne va pas sans un certain travail préalable. L’improvisation, serait un geste irresponsable et risquerait d’être contre-productive. Ah si nous consacrions à la construction de notre vie spirituelle, le dixième du temps et des efforts consacrés à la construction de notre vie matérielle !

Ne croyant pas aux réponses toutes faites, je donne mon schéma pour servir d’exemple plus que de modèle. Car à chacun de forger son propre argumentaire.

  • À la question « comment croire en une vie future pour laquelle nous n’avons aucune preuve sérieuse ? » Je réponds que c’est ce que nous avons fait tout au long de notre vie. Nous sommes persuadés, parce qu’on nous l’a dit, que l’électricité est faite d’électrons qui se déplacent. Nous ne les avons jamais vus mais nous utilisons l’électricité et nous faisons confiance aux explications qu’on nous a données. Pareillement, lorsqu’une nuit d’été nous contemplons le ciel étoilé, nous savons qu’au-delà des millions d’étoiles visibles, il y a des milliards et des milliards d’autres étoiles que nous ne voyons pas. Là aussi, nous faisons confiance aux savants et nous acceptons cette idée invérifiable par nous que l’univers n’a pas de limites et cependant ne cesse de s’étendre.
  • Mais « sur quoi repose la conviction des chrétiens ? » Là évitons les dogmes et le catéchisme ! Analysons plutôt l’Histoire : des hommes qui avaient accompagné le Christ durant trois ans l’ont vu aller délibérément à la mort et être exécuté de manière abjecte. Atterrés, ils se sont enfuis. Mais le troisième jour, plusieurs ont trouvé son tombeau vide, alors que ce tombeau était gardé militairement et que le Christ avait annoncé à plusieurs reprises sa mort et sa résurrection. Il leur a fallu plusieurs semaines pour comprendre. Durant ce temps, il leur est réapparu à plusieurs reprises. Puis un jour, ils ont tous ressenti une illumination : alors ils ont cru à la résurrection, mais aussi à la vérité de l’enseignement de ce Christ. Depuis, eux et leurs successeurs n’ont cessé de l’annoncer. Beaucoup, malgré les humiliations et supplices infligés par leurs détracteurs et jusqu’à la mort. Voilà pourquoi nous faisons confiance à l’enseignement de l’Évangile, non pas seulement à certaines parties mais à tout.
  • A la question « comment se passera ce passage ? », il est aisé de montrer que nos vies sont une succession de passages : passage de quelques cellules au fœtus, passage de la naissance au monde, passage de l’enfance à la maturité, nous n’avons cessé de nous métamorphoser. Un jour nous nous endormirons, mais au lieu de passer du sommeil au réveil, nous arriverons dans le monde spirituel. L’espace et le temps seront abolis, la vie sera différente, et nous la vivrons dans la totalité de notre personnalité : corps et âme. Nous croyons en l’éternité de l’individu et réfutons aussi bien sa disparition que le recyclage des âmes de la métempsychose. Sommes-nous dans l’angoisse chaque fois que nous endormons ? Là encore, pourquoi ne pas faire confiance ? Que sait la chenille du papillon en lequel elle se métamorphosera ?
  • Reste à savoir « comment nous vivrons dans l’au-delà ». Je conte souvent une parabole iranienne : dans l’immense désert, une petite goutte de rosée se croyait seule jusqu’au moment où le soleil levant fit briller une autre petite sœur, un peu plus loin. Comme toutes les filles, elles entreprirent un incessant bavardage. L’une d’elles dit à l’autre : « j’ai entendu dire que quelque part, nous sommes tellement nombreuses qu’on ne voit même plus la terre. » La première réfléchit un instant puis répondit : « Arrête donc de croire tout ce qu’on raconte. » Comment nos cerveaux mortels pourraient-ils connaître le monde invisible ? Tout au plus pouvons-nous faire des analogies. Qui d’entre nous n’a fait l’expérience de l’embrasement d’un amour humain ? Qui n’a eu l’occasion d’observer à la dérobée, dans les regards échangés entre une maman et son bébé, un bonheur incommensurable ? Qui d’entre nous retrouvant un être aimé après une longue absence, n’a explosé d’émotion ? Dieu étant tout Amour et tout amour humain étant un don de Dieu, c’est ce que nous trouverons dans cet au-delà. Les images humaines n’en peuvent donner qu’une idée infiniment réductrice. Dans cet Amour, nous serons face à face avec notre Créateur et nous retrouverons toute notre famille de l’au-delà avec tous les êtres que nous avons chéris.

       Cet argumentaire a été adapté à chaque cas particulier. À chacun des lecteurs de se construire le sien propre. Affirmer notre conviction ne doit jamais donner l’impression d’une leçon professorale ou pire d’un sentiment de supériorité par rapport à celle de notre interlocuteur. « Soyez toujours prêts à répondre… à quiconque vous demandera raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect », nous dit Saint Pierre.

       Après cette réponse, vient le temps du silence. La plupart de ceux avec qui j’ai eu la chance d’avoir ce dialogue ont retrouvé le sourire : la pression de la main s’est faite plus détendue, plus chaleureuse, plus confiante. Nous savions que c’était la dernière fois que nous nous voyions. Souvent nous avons pu prier ensemble. L’un et l’autre, nous en avons ressenti une extrême émotion. Une fois, nous avons pris la décision de continuer à prier en union de pensée, moi sur terre et lui dans l’au-delà : il n’y a pas besoin de se voir pour partager/communier l’amour qui nous unit entre nous et avec notre Créateur. Ceux qui étaient catholiques ont eu une soif plus mature des sacrements : sacrement des malades, réconciliation et eucharistie. Dans nos nuits, l’espace sidéral nous appelait tendrement.

        Ce qui a été dit du dialogue aux portes de la mort, s’applique un peu différemment avec ceux qui s’en approchent mais ne savent pas l’heure. On dispose alors de davantage de temps, tant pour l’écoute que pour le dialogue. On peut lire de courts passages de livres adaptés aux connaissances de la personne. Ma première épouse, durant ses six mois entre vie et mort, a été confortée par deux livres dont je lui lisais de courts passages en alternance avec des livres humoristiques. C’est ainsi qu’elle est partie vers cet autre rivage, heureuse entre prière et rigolade.

*    *    *    *    *

           En exposant ici mon expérience, je n’ai pas voulu donner un modèle, mais rappeler que illuminer la mort aide non seulement à bien mourir, mais aussi à bien vivre.

          Là où la tristesse, que je mette la joie… chantait Saint-François.

[1] Verlaine – Amour et Sagesse

[2] Blaise Pascal – Pensées – xx

[3] Luc 18,41

[4] Ce qui suit ne concerne donc pas la détresse de ceux qui perdent un être très cher, détresse devant la quelle on ne peut qu’entourer en silence le plus chaleureusement possible.

[5] Voir à ce sujet les rapports de l’AED, (catholique) et de Portes Ouvertes (protestante).

[6] Luc 12,13-21

[7] Blaise Pascal – Pensées – xx

[8] Luc 24, 13-35

[9] I-Pierre 3,15

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