Paroles de laïcs

            Tout ce qui vaut pour les prédications s’applique pareillement aux prises de Parole chrétiennes en public par des laïcs. Certaines relèvent d’une délégation officielle pour pallier le manque de prêtres. Leurs règles institutionnelles ont été précisées dans l’ « Instruction concernant la collaboration des fidèles-laïcs au ministère des prêtres » (Congrégation pour le Clergé, 15 août 1997). C’est le cas des célébrations deLes deux bras de l'Eglise funérailles, plus rarement d’ADAP (assemblées dominicales en l’absence de prêtre), ou de baptêmes, voire de recueil de l’engagement matrimonial. D’autres sont confiées par le curé ou ses adjoints, comme les lectures liturgiques. D’autres enfin sont des initiatives spontanées d’exposés sur notre foi et ses exigences.

         Pour prévenir le double risque de cléricalisation des laïcs et de déviance doctrinale, des règles précises doivent être respectées, notamment en matière de formation et de prudence. En aucun cas, ces précautions ne doivent être un frein à la mission d’Annonce du Christ et de son Évangile : elles sont des balises pour une plus grande performance. Rappelons-nous le rôle joué par les laïcs dans la christianisation de nombreux pays, notamment en Asie, mais aussi dans la rechristianisation de la France après le tsunami de la Révolution.

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Vous trouverez sur cette page…

Faire des funérailles un moment d’évangélisation (audio)

Illuminer la perspective de la mort

Contribuer à l’évangélisation d’une manière attractive

Transmettre les fondamentaux de notre foi

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Parole de laïcs – Faire des Funérailles, un moment d’évangélisation 

Radio Notre Dame – Ecclesia Magasine – 02/11/2018 – Interview par Maxime Dalle :  

Mise au tombeau Chaource

Pour une étude plus approfondie, se reporter au livre « Homélies et Prises de Parole Publiques – 30 Exercices pour se perfectionner. », chapitre IV,1 – Accompagner les funérailles.

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A l’approche de la mort, en illuminer la perspective

           Douleur, révolte, angoisse… les cris de Gilgamesh devant la mort de son ami Enkidou, dans une épopée vieille de plus de quatre millénaires, n’ont jamais cessé de retentir.

I – Merci mon Dieu pour la vie.

        Pourquoi est-ce que la plupart de mes malades ne ressentaient  la joie de vivre et, s’ils étaient croyants, n’en remerciaient le Créateur, qu’au sortir d’une maladie qui aurait pu être mortelle ? Et pourquoi plusieurs mois plus tard, repris par l’agitation de cette vie retrouvée, oubliaient-ils ce sentiment de joie et de reconnaissance ?

      Ayant soigné des centaines de malades durant un demi-siècle (1957 – 2006), j’ai souvent côtoyé la mort. De plus personnellement, à trois reprises, je l’ai frôlée de près. Chaque fois ce fut la source d’une profonde réflexion. « Mon Dieu qu’ai-je fait de ma vie ? [1] » Puis de reconnaissance : « Merci mon Dieu pour la vie que tu m’as donnée et Merci pour ces entraperçus de ma mort qui m’ont permis de mieux savourer ma vie. » Trop souvent, nous n’apprécions un bien que lorsqu’il disparaît.

        Mais la circonstance la plus aiguë fut la brutale maladie de ma première épouse après 44 années de vie fusionnelle : durant ces 6 mois où elle se savait entre vie et mort, ensemble, nous avons intensément réfléchi. Puis ce fut la déchirure : je me retrouvai en plein désert. Il me fallut plus d’une année pour arriver à dire  « Merci pour les épreuves, Merci pour les traversées de déserts… »

         Les premières interrogations, je les avais connues durant la guerre d’Algérie devant les assassinats et exécutions sommaires. « Pourquoi me tuez-vous ?  ‑ Et quoi, ne demeurez vous pas de l’autre côté de l’eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte. Mais puisque vous demeurez de l’autre côté, je suis un brave et cela est juste.[2] »  Jeune médecin-appelé, j’ai vite constaté que les protagonistes des deux bords n’avaient d’autre choix: c’est bien avant qu’il aurait fallu réfléchir. C’est aussi ce que m’avait dit mon père lorsque, âgé de 5 ans, je l’interrogeais sur les rafles de nos voisins juifs.

         Depuis, j’ai décidé d’accorder le même niveau d’attention au combat technique pour la vie et au réconfort de mes malades. Lorsqu’un médecin accorde autant d’attention à l’homme qu’à l’organe à réparer, il n’est pas rare que, dans les situations les plus graves, un malade ou sa famille, ou les collaborateurs expriment leurs interrogations fondamentales. Même dans un hôpital public, astreint à une stricte laïcité, le chrétien peut répondre à condition de bien préciser qu’il le fait – non dans le cadre de son activité professionnelle – mais dans la simplicité d’une solidarité purement humaine. Cette fraternité commence par l’attention aux indices de demande les plus maladroits, à l’image de ceux que nous recherchons pour étayer un diagnostic. Car la pudeur ou l’absence d’habitude rendent souvent très difficile, l’expression des sentiments profonds. Les médecins savent bien qu’une demande peut en cacher une autre et qu’un homme peut désirer une chose et, simultanément, vouloir son contraire. Non seulement le chrétien ne doit pas fuir ce genre d’opportunité, mais il doit la faciliter. Nous devons saisir toutes les opportunités : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »[3]

        Illuminer le sens de la mort pour ceux qui prennent conscience qu’il vont bientôt franchir la porte est le devoir de tout disciple du Christ. Mais ce n’est pas facile et la moindre faute de tact serait insupportable. C’est pourquoi je rapporte ici mon expérience de dialogues avec des mourants : d’abord avec mes malades que je ne pouvais sauver, mais aussi avec ma première épouse, puis avec des amis, des relations et parfois des quasi-inconnus qui ont sollicité mon aide.[4]

II – Quatre raisons de répondre aux inquiétudes

1° Le commandement d’amour – « J’étais malheureux et vous m’avez réconforté ». N’est-ce pas le sens de Matthieu 25 ? À l’évidence, il faut soulager les douleurs physiques et tout faire pour combattre la dégradation ou la mort. Mais d’un bout à l’autre du monde, d’Épictète à Bouddha, tous les sages ont montré que le regard que nous portons sur les événements et nos épreuves peut, selon ce qu’il est, nous emplir le cœur de malheur ou d’acceptation, voire de bonheur.

2° Notre foi/confiance – Le chrétien croit que Dieu s’est incarné par amour, s’est livré à la mort par amour, et nous entraîne dans sa résurrection par amour. Il est donc dans la situation très particulière deLe père de l'enfant parti celui qui attend de vivre pleinement cet Amour. C’est loin de n’être qu’une opinion ! Si ce n’en était qu’une, comment expliquer le courage des martyrs, depuis la Judée et les amphithéâtres romains, avant même la construction du Colisée, jusqu’à nos jours ? En 2018, un prêtre est mort en martyr tous les neuf jours[5], et combien de laïcs ? Le sens original du mot martyr est « témoin » et le sens profond de l’acceptation du martyr est l’amour du Créateur et des autres. C’est cette certitude, cette confiance qui permettent aux chrétiens du Proche-Orient, du Pakistan, d’Inde et de Chine de rester fermes dans leur foi.

3° Les deux effets de la réflexion chrétienne sur la mort – Le premier effet est qu’elle n’est plus perçue comme un épouvantail. Le second est que chaque instant de la vie, non seulement doit être savouré intensément comme s’il était le dernier, mais trouve son sens dans la sortie finale. Cette réflexion peut donc changer positivement les vies individuelles, mais aussi rendre plus fraternels les comportements sociétaux.

4° L’impréparation des hommes actuels – Nos sociétés, rassurées par les extraordinaires progrès de la médecine, anesthésiées par la multiplicité des offres de consommation et assourdies par les nourritures sensorielles, ont évacué la mort. De sorte que « la belle mort » est devenue celle qui survient brutalement, ce qui ne laisse de place ni à la réflexion, ni à la transmission. Déjà il y a deux millénaires, Jésus racontait l’histoire de cet homme tout heureux de s’être construit de grands greniers pour engranger ses récoltes alors qu’il allait mourir la nuit suivante[6]. Plus récemment Pascal soupirait sur cet autre qui au lieu de réfléchir à sa prochaine mort, jouait à la balle…[7]

III – D’abord écouter !

        Le christ nous a donné l’exemple sur la route d’Emmaüs[8] : 1° en premier, Il questionne « De quoi discutiez-vous ? Pourquoi êtes-vous si tristes ? Qu’avez-vous compris ? Où en êtes-vous ? » 2° ensuite seulement, Il explique. 3° Il fait sentir une telle empathie qu’après, ils se souviendront de cette impression de chaud-au-cœur et que le soir venu, lorsqu’Il fera mine de poursuivre son chemin, ils chercheront à le retenir : « Reste avec nous, Seigneur ». 4°Il rompt le pain. 5° Il les mets en état de mission : aussitôt, ils repartent annoncer aux autres…

        Schématiquement j’ai rencontré deux situations : celle de celui est dans une incertitude angoissée « est-ce que je vais mourir ? » et celle de celui qui devant l’évolution et l’importance de la dégradation, ne garde aucun espoir de survie. Dans la première situation, il faut éviter aussi bien la négation compassionnelle (oh combien tentante !), que l’affirmation brutale. Cette dernière pourrait avoir les pires conséquences et méconnaîtrait les nombreux exemples où l’évolution ne fut pas conforme au pronostic médical. Ce pronostic se basant sur des observations statistiques, méconnaît que l’individu peut se trouver à un extrême ou à l’autre de la courbe de Gauss (courbe en forme de cloche qui exprime la durée de vie probable dans une situation précise). La réponse à donner tient en trois phrases : « on ne peut jamais prophétiser l’avenir avec certitude ; les médecins ne continueraient pas à vous soigner s’ils n’espéraient prolonger votre vie ; mais comme ils ne sont pas certains de réussir, il serait prudent de vous préparer ». Alors commence la réflexion sur la transmission matérielle, puis sur la transmission affective et spirituelle aux descendants et aux amis. Et de nouveau, il nous faut écouter…

         Deuxième situation : ceux qui savent qu’ils vont bientôt mourir. Il est important de situer dans quelle situation psychologique ils sont. Dans mon expérience, schématiquement, j’ai rencontré cinq types de situations.

Ceux pour qui la mort apparaît comme un soulagement de leurs douleurs physiques, de leurs handicaps multiples, de la disparition de leur conjoint(e), de blessures affectives familiales… (je ne m’étendrai pas ici sur le musée des horreurs que j’ai côtoyées.)

Ceux qui sont dans le déni total. Ils ne veulent pas savoir. Ils ont vécu sans rien voir et ce n’est pas aujourd’hui qu’ils vont ouvrir les yeux. Après leur mort, leur impréparation générera souvent de longs conflits familiaux et ils n’auront rien transmis de l’histoire familiale et des leçons acquises au cours de leur vie.

Ceux qui sont écrasés par la terreur. Terreur de l’inconnu pour certains ; Terreur du juste châtiment pour d’autres. Habituellement, ils se murent dans un silence total, allant parfois jusqu’à refuser les visites familiales ou à être hargneux vis-à-vis des soignants. D’autres hurlent leur détresse ou leur révolte, maudissant Dieu et les médecins. Tous souffrent terriblement moralement.

– Ceux qui n’aspirent qu’à la médicalisation de leur mort. « Par pitié, faites que je ne souffre plus, que je m’endorme rapidement, que je ne pense plus à rien. » J’ai été questionné par l’euthanasie du prix Nobel de physiologie, Christian Deduve, enseignant à l’Université Catholique de Louvain, qui après avoir fait venir ses enfants, s’est suicidé médicalement pour ne pas avoir à subir les misères ordinaires de nos fins de vie.

Ceux qui envisagent leur mort avec sérénité. Les uns parce qu’ils sont confiants en la promesse de Dieu d’une survie spirituelle infiniment heureuse, les autres athées parce dans l’anéantissement de la mort, ils ont la certitude de ne plus connaître ni souffrances, ni épreuves. Les premiers sourient, les seconds gardent leur dignité jusqu’au bout.

         À chacune de ces situations, correspondent des difficultés et des questionnements différents. Mais, dans mon expérience, tous ont en commun d’attendre de nous trois choses :

l’amitié qui va s’exprimer par des gestes simples, la présence, le sourire, le don de notre temps et à l’approche de la mort, la chaleur d’une main tenue,

la reconnaissance de leur dignité, de ce qu’ils ont fait de bien, de leur valeur, dans un rapport jamais vertical, toujours horizontal : « Le hasard fait que c’est vous le mourant et moi le bien-portant, mais ce pourrait être l’inverse et si j’étais dans votre situation, je serais heureux que vous m’aidiez ». C’est particulièrement important s’ils vivent des humiliations comme la perte de leurs matières,

un dialogue qui associe le questionnement, d’abord, de ce que le mourant croit, puis, lorsqu’après un temps plus ou moins long, survient la question « Et vous, qu’en pensez-vous ? » une réponse vraie et des arguments qui sonnent justes.

IV – Ensuite Répondre. Mais quelles réponses ?

        Une réponse vraie et des arguments justes, qu’est-ce à dire ? Pour être « vraie », notre réponse doit provenir de notre conviction profonde, donc d’un triple questionnement : 1° en quoi est-ce que je crois ? 2° pourquoi est-ce que je crois ce que je crois ? 3° est-ce que je vis en conformité avec ce que je crois ? Dans ces circonstances, il n’y a pas de place pour le copier/coller dogmatique ou les théories artificielles. Le cœur a besoin de ce cœur à cœur.

        Mais simultanément, la raison a besoin d’un argumentaire crédible. Celui-ci doit répondre aux quatre questions : comment croire en une vie future pour laquelle nous n’avons aucune preuve sérieuse ? Sur quoi repose la conviction des chrétiens ? Comment se passera ce passage ? Comment vivrons-nous dans l’au delà ? Chacun doit élaborer son argumentaire dans ses propres méditations, selon la recommandation de Saint-Pierre, « soyez toujours prêts à répondre… à quiconque vous demandera raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect[9] ». Cela ne va pas sans un certain travail préalable. L’improvisation, serait un geste irresponsable et risquerait d’être contre-productive. Ah si nous consacrions à la construction de notre vie spirituelle, le dixième du temps et des efforts consacrés à la construction de notre vie matérielle !

Ne croyant pas aux réponses toutes faites, je donne mon schéma pour servir d’exemple plus que de modèle. Car à chacun de forger son propre argumentaire.

  • À la question « comment croire en une vie future pour laquelle nous n’avons aucune preuve sérieuse ? » Je réponds que c’est ce que nous avons fait tout au long de notre vie. Nous sommes persuadés que l’électricité est faite d’électrons qui se déplacent, parce que des personnes de confiance nous l’ont dit. Nous ne les avons jamais vus mais nous utilisons l’électricité et nous faisons confiance aux explications qu’on nous a données. Pareillement, lorsqu’une nuit d’été nous contemplons le ciel étoilé, nous savons qu’au-delà des millions d’étoiles visibles, il y a des milliards et des milliards d’autres étoiles que nous ne voyons pas. Là aussi, nous faisons confiance aux savants et nous acceptons cette idée invérifiable par nous que l’univers n’a pas de limites et ne cesse de s’étendre.
  • Mais « sur quoi repose la conviction des chrétiens ? » Là évitons les dogmes et le catéchisme ! Analysons plutôt l’Histoire : des hommes qui avaient accompagné le Christ durant trois ans l’ont vu aller délibérément à la mort et être exécuté de manière abjecte. Atterrés, ils se sont enfuis. Mais le troisième jour, plusieurs ont trouvé son tombeau vide, alors que ce tombeau était gardé militairement et que le Christ avait annoncé à plusieurs reprises sa mort et sa résurrection. Il leur a fallu plusieurs semaines pour comprendre. Durant ce temps, il leur est réapparu à plusieurs reprises. Puis un jour, ils ont tous ressenti une illumination : alors ils ont cru à la résurrection, mais aussi à la vérité de l’enseignement de ce Christ. Depuis, eux et leurs successeurs n’ont cessé de l’annoncer. 2 - kariye main droiteBeaucoup, malgré les humiliations et supplices infligés par leurs détracteurs et jusqu’à la mort. Voilà pourquoi nous faisons confiance à l’enseignement de l’Évangile, non pas seulement à certaines parties mais à tout.
  • A la question « comment se passera ce passage ? », il est aisé de montrer que nos vies sont une succession de passages : passage de quelques cellules au fœtus, passage de la naissance au monde, passage de l’enfance à la maturité, nous n’avons cessé de nous métamorphoser. Un jour nous nous endormirons, mais au lieu de passer du sommeil au réveil, nous arriverons dans le monde spirituel. L’espace et le temps seront abolis, la vie sera différente, et nous la vivrons dans la totalité de notre personnalité : corps et âme. Nous croyons en l’éternité de l’individu et réfutons aussi bien sa disparition que le recyclage des âmes de la métempsychose. Sombrons-nous dans l’angoisse chaque fois que nous endormons ? Là encore, pourquoi ne pas faire confiance ? Que sait la chenille du papillon en lequel elle se métamorphosera ?
  • Reste à savoir « comment nous vivrons dans l’au-delà ». Je conte souvent une parabole iranienne : dans l’immense désert, une petite goutte de rosée se croyait seule jusqu’au moment où le premier rayon du soleil fit briller une autre petite sœur, un peu plus loin. Comme toutes les filles, elles entreprirent un incessant bavardage. L’une d’elles dit à l’autre : « j’ai entendu dire que quelque part, nous sommes tellement nombreuses qu’on ne voit même plus la terre. » La première réfléchit un instant puis répondit : « Arrête donc de croire tout ce qu’on raconte. » Comment nos cerveaux mortels pourraient-ils connaître le monde invisible ? Tout au plus pouvons-nous faire des analogies. Qui d’entre nous n’a fait l’expérience de l’embrasement d’un amour humain ? Qui n’a eu l’occasion d’observer à la dérobée, dans les regards échangés entre une maman et son bébé, un bonheur incommensurable ? Qui d’entre nous retrouvant un être aimé après une longue absence, n’a explosé d’émotion ? Dieu étant tout Amour et tout amour humain étant un don de Dieu, c’est ce que nous trouverons dans cet au-delà. Les images humaines n’en peuvent donner qu’une idée infiniment réductrice. Dans cet Amour, nous serons face à face avec notre Créateur et nous retrouverons toute notre famille de l’au-delà avec tous les êtres que nous avons chéris.

       Cet argumentaire a été adapté à chaque cas particulier. À chacun des lecteurs de se construire le sien propre. Affirmer notre conviction ne doit jamais donner l’impression d’une leçon professorale ou pire d’un sentiment de supériorité par rapport à la pensée de notre interlocuteur. « Soyez toujours prêts à répondre… à quiconque vous demandera raison de votre espérance, mais faites-le avec douceur et respect », nous dit Saint Pierre.

       Après cette réponse, vient le temps du silence. La plupart de ceux avec qui j’ai eu la chance d’avoir ce dialogue ont retrouvé le sourire : la pression de la main s’est faite plus détendue, plus chaleureuse, plus confiante. Nous savions que c’était peut-être la dernière fois que nous nous voyions. Souvent nous avons pu prier ensemble. L’un et l’autre, nous en avons ressenti une extrême émotion. Une fois, nous avons pris la décision de continuer à prier en union de pensée, moi sur terre et lui dans l’au-delà : il n’y a pas besoin de se voir pour partager/communier l’amour qui nous unit entre nous et avec notre Créateur. Ceux qui étaient catholiques ont eu une soif plus mature des sacrements : sacrement des malades, réconciliation et eucharistie. Dans nos nuits, l’espace sidéral nous appelait tendrement.

        Ce qui a été dit du dialogue aux portes de la mort, s’applique un peu différemment avec ceux qui s’en approchent mais ne savent pas l’heure. On dispose alors de davantage de temps, tant pour l’écoute que pour le dialogue. On peut lire de courts passages de livres adaptés aux connaissances de la personne. Ma première épouse, durant ses six mois entre vie et mort, a été confortée par deux livres dont je lui lisais de courts passages en alternance avec des livres humoristiques. C’est ainsi qu’elle est partie vers cet autre rivage, heureuse entre prière et rigolade.

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           En exposant ici mon expérience, je n’ai pas voulu donner un modèle, mais rappeler que illuminer la mort aide non seulement à bien mourir, mais aussi à bien vivre.

          Là où la tristesse, que je mette la joie… chantait Saint-François.

[1] Verlaine – Amour et Sagesse ; poéme écrit en prison.

[2] Blaise Pascal – Pensées – xx

[3] Luc 18,41

[4] Ce qui suit ne concerne donc pas la détresse de ceux qui perdent un être très cher, détresse devant laquelle on ne peut qu’entourer en silence le plus chaleureusement possible.

[5] Voir à ce sujet les rapports de l’AED et Fides, (catholiques) et de Portes Ouvertes (protestants).

[6] Luc 12,13-21

[7] Blaise Pascal – Pensées – xx

[8] Luc 24, 13-35

[9] I-Pierre 3,15

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Contribuer à l’évangélisation de manière attractive – Pourquoi et Comment ?

       La plupart d’entre nous hésitons à témoigner de notre foi en Christ et de ce qu’Il nous apporte, estimant que c’est une affaire privée.  Durant quatre décennies en Centre hospitalo-universitaire, j’ai constaté combien mes collègues catholiques s’exprimaient peu. Pourtant, face à des scientifiques souvent athées, des médecins agnostiques, des malades inquiets, des soignants généreux, des étudiants en recherche, les occasions de témoignage ne manquaient pas : souffrances physiques et morales, décès que nous n’avions pas pu éviter, railleries et critiques vis à vis de la foi et de l’Église.

        Entre respect-humain, culpabilité devant les attitudes antiévangéliques de certains coreligionnaires, crainte d’être catalogué, respect de la liberté des autres, peur de semer des anticorps, la plupart des catholiques ont cessé de témoigner. Durant ce long silence, d’autres ont eu tout loisir de faire des disciples : idéologues collectivistes, prophètes du développement personnel, athées militants, libertaires, etc. ont diffusé des paradigmes de vie différents, insensibles aux autres et « libérés » de Dieu. Leur conquête passait autant par leurs modes de vie érigés en modèles que par de belles déclarations dans les médias qu’ils ont monopolisés. Les chrétiens sont restés muets : l’étalage de nos actes et de ce qui nous anime est peu compatible avec l’humilité ; quant à la dénonciation des méfaits des systèmes athées, elle se voyait opposer ceux commis par des chrétiens au cours de l’histoire.Eglise désaffectée

        Progressivement, l’Église s’est trouvée discréditée et la religion est devenue objet de mépris puis d’oubli, à l’instar de ces églises recyclées. Dans ce combat entre Foi et Satan, les catholiques sont restés divisés, l’Institution ayant mis majoritairement l’accent sur les œuvres de piété et caritatives, au détriment de « l’annonce » assimilée parfois à un prosélytisme conquérant. L’attitude des évêques devant les scandales sexuels a rendu le témoignage encore plus difficile. Renverser les mentalités n’est donc pas aisé.

   Cependant en un demi-siècle, les conditions qui ont généré la passivité des catholiques ont considérablement évolué. Les conséquences négatives des doctrines athées sont apparues souvent bien plus destructrices que les déviances chrétiennes anciennes ou actuelles. Il est devenu possible de montrer que pour les premières, les goulags, les persécutions, ou dans notre société la montée des violences en sont des conséquences directes, tandis que les secondes sont en totale opposition avec l’enseignement des Évangiles. Il est aussi devenu facile de montrer les subtiles différences entre le contenu et la forme de l’annonce chrétienne, et ceux d’autres doctrines ou religions. Le positivisme scientifique a reconnu ses limites. Les dangers de certains progrès techniques et scientifiques, à côté de leurs indéniables services, ont fait surgir la nécessité de définir des règles. Si les œuvres de charité ne sont pas un monopole des catholiques, la très grande majorité d’entre eux y contribuent d’une façon ou d’une autre car elles font partie intégrante de la foi. Enfin le confinement et la menace vitale de la pandémie du Covid 19 ont bousculé l’insouciance spirituelle de certains de nos contemporains. Il devient donc plus facile d’évoquer le Christ et son enseignement.

         D’autre part la réflexion sur l’histoire de l’Église et ses erreurs, notamment les dégâts causés par les attitudes supérieures et l’impérialisme moral exercé lorsque dominait la chrétienté, nous incite à œuvrer de telle manière que nos témoignages soient perçus comme ils sont : une démarche d’amour des autres dans le respect de leurs convictions, loin des connotations négatives du prosélytisme.

I – Comment convaincre proches et amis de s’investir davantage ?

           Les manières sont nombreuses, d’autant que ce qui touche l’un, peut laisser d’autres de marbre. Cependant une constante en Occident est le besoin d’allier foi et raison, ce qui nécessite un exposé structuré. La manière que j’ai expérimentée comporte trois étapes : 1° pour un catholique, l’évangélisation/annonce est inhérente à notre foi ; 2° notre désengagement du témoignage est en partie responsable de la déchristianisation actuelle ; 3° la substance de la transmission, c’est que Dieu nous aime personnellement. Entre chaque étape, il faut quêter la réaction de notre interlocuteur et ne poursuivre que lorsqu’il adhère.

1° – Evangéliser est inhérent à notre foi

        Le troisième commandement du Christ, « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures » est une conséquence des deux premiers. Durant sa vie terrestre, Il a enseigné, par ses paroles etcoucher soleil Valréas sa vie : ses paroles expliquaient ses actes et ceux-ci en étaient l’illustration. Avant son retour dans l’invisible, Il a délégué cette mission à ses disciples et les a imprégnés de la force de l’Esprit Saint. Dès la Pentecôte, les apôtres et les disciples ont témoigné, sans timidité ni agressivité. Ils ont dit ce qu’ils savaient, illustrant leur foi par leur vie et expliquant par leurs paroles. Certains ont été martyrisés, comme le Christ l’avait annoncé, mais ils ont continué à témoigner sans faiblir. S’étant réparti les quatre coins du monde, ils ont répandu l’Église primitive. Deux mille ans plus tard, nous leur devons notre foi et c’est notre mission de continuer leur œuvre. Pour un catholique, ce n’est pas une option. C’est à la fois, une réponse à son appel et un élan du cœur : malheur à moi, si je me tais, écrit Saint Paul.

        Clercs, successeurs des apôtres, et laïcs, successeurs des disciples, nous avons hérité de cette mission. Celle des laïcs est particulièrement dirigée vers les milieux où les clercs ont peu d’entrées : nos familles, nos milieux professionnels, la société civile. Nous avons deux raisons de le faire : l’amour du Christ et celui de nos frères avec qui nous avons envie de partager la joie de notre foi. Car c’est bien de joie qu’il s’agit : je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite (Jn, 15,11).  Depuis Lumen Gentium (Vatican II), nos papes nous incitent périodiquement à participer activement à cette annonce.

        Alors pourquoi la plupart des catholiques ne le font-ils pas ? Les freins psychologiques sont nombreux. Ce n’est pas perdre du temps que de les analyser et de voir en quoi chacun est erroné : « la mission est l’affaire des prêtres et non celle des laïcs ; le témoignage des prêtres passe par la parole tandis que celui des laïcs passe par l’exemple ; la foi étant affaire personnelle, l’évangélisation est un prosélytisme agressif intolérable ; ma formation est insuffisante ; qui suis-je, moi pêcheur, pour donner des leçons aux autres ? ; je n’ai pas l’occasion ; nous avons l’obligation de respecter la règle nationale de laïcité dans les lieux publics ; on risque d’être mal reçu ; le plus souvent, cela ne sert à rien ; c’est inutile car tous les hommes généreux sont sauvés… ».

         Lorsqu’on creuse un peu, aucun de ces motifs n’est justifié. Le Christ a demandé à tous de témoigner par leurs actes, mais aussi par la parole. L’objectif étant, dans un rapport d’estime réciproque, d’annoncer le Christ mais non de conquérir, ce témoignage se fait dans l’empathie, le respect de la liberté individuelle et la reconnaissance de la richesse de nos interlocuteurs. Pour être prêt, il faut sacrifier du temps à notre propre formation, mais, sans attendre d’être docteur en théologie, nous devons transmettre ce que nous pouvons. Nous témoignons avec d’autant moins d’esprit de supériorité que nous sommes conscients de notre propre faiblesse. Dès qu’on y veille, les occasions sont nombreuses. Nous annonçons sans attendre de résultats. Cette annonce est animée par le désir de faire connaître l’amour que Dieu nous porte. [On trouvera des réponses plus détaillées sur la page Questions/Débats-Prêtres dans la question sur le même thème.]

2°- Notre désengagement du témoignage a contribué à la déchristianisation actuelle

            Aujourd’hui, l’Église en Occident, se meurt d’insuffisance de témoignage et celui-ci, d’insuffisance d’approfondissement. Les chiffres cités en introduction de la page d’accueil de ce site sont consternants ! Face aux questions de nos enfants et petits-enfants ou de nos proches, nous nous sentons souvent peu aptes à répondre et, ayant perdu l’habitude de témoigner, nous versons souvent dans des arguments d’autorité au lieu de fournir des explications convaincantes, donnant l’image d’une foi primaire. Lorsque nos amis et relations posent des questions ou attaquent la foi ou l’Église, nous restons muets comme si nous ignorions nos fondamentaux ou en avions honte. Lors des grands débats sociétaux, nous avons du mal à nous exprimer clairement et il nous arrive de mélanger ce qui est lié à la foi avec nos options humaines. Nous donnons l’image d’une foi de façade, sans prise sur nos vies.

          C’est ainsi que peu à peu, s’est installée une vision archaïque de l’Église qui contribue à son discrédit et à sa perte d’influence dans l’élaboration des lois sociétales. Ne pas témoigner, c’est laisser la place aux autres options de vie en un monde dont l’évolution ultrarapide pose de nombreuses questions et bouscule jusqu’aux plus matérialistes.

3° – La substance de la transmission, c’est « Dieu nous aime »

      On ne peut transmettre que ce qu’on vit et il y a mille manières de vivre sa foi.  Nous nous savons minuscules dans le cosmos, l’histoire humaine et les mains de Dieu, mais, tous, nous sommes certains de son amour inconditionnel. C’est là le fond du message : Dieu nous aime, cette vie est le prélude à une intime union avec Lui et ceux que nous aimons durant l’éternité. Nos représentations de ce bonheur sont à la mesure de nos autres limites humaines. Nous avons confiance en Lui, et cela est pour nous source permanente de joie jusque dans les épreuves.

        Pour transmettre « le désir de Dieu », c’est d’abord de cette joie qu’il faut parler. Je vous écris ceci pour que votre joie soit complète (I Jn, 1,4). Dans l’imagerie catholique, la Croix omniprésente peut rebuter et voiler la foi de tristesse. Les orthodoxes insistent davantage sur la rédemption. Les évangiles rayonnent joie : celle du Père lors du baptême du Christ, celles de la brebis ou de la perle retrouvées, celle du dernier discours (Jn 16,24).

         Une fois situé dans la relation amoureuse avec Dieu, ce que nous avons à transmettre doit nourrir les trois questions les plus importantes de toute vie :

  • En quoi est-ce que je crois et pourquoi ?
  • En quoi est-ce que je ne crois pas et pourquoi ?
  • Que faire pour vivre en accord avec notre foi ?

        Si votre interlocuteur vous rejoint dans cette analyse, restera à aborder, plus tard, les questions pratiques… Car témoigner n’est pas aisé. L’improvisation peut être contre-productive et générer de redoutables allergies.  L’évangélisation nécessite donc de réfléchir et de s’y préparer.

II – Comment évangéliser ? Comment s’y préparer ?

         Lorsqu’un petit groupe est prêt à s’investir, la démarche comporte trois étapes successives : 1° expliquer les deux manières complémentaires de contribuer à l’évangélisation ; 2° insister sur l’importance d’un « état d’esprit particulier » ; 3° indiquer pourquoi il faut se préparer sur le fond mais aussi sur la forme.

1° – Les deux modes d’évangélisation.

           Les chemins vers la foi sont innombrables, chacun suivant un sentier particulier. Mais tous comportent à un moment ou à un autre, une transmission orale. Celle-ci peut se faire de deux manières complémentaires : les transmissions formelles qui s’inscrivent dans une démarche communautaire, la transmission informelle qui est une attitude personnelle quotidienne d’attention aux autres.

  • Les transmissions formelles aux multiples variantes : catéchisme, contribution au bulletin paroissial ou aux sites ecclésiaux, préparations au mariage, accompagnement des célibataires, des époux, des veufs, des homosexuels, etc., contribution aux funérailles, rencontres avec les autres religions, évangélisations de rues, exposés/débats sur la foi, accompagnement spirituel (après formation et autorisation), etc…  Les besoins sont énormes. Nous pouvons tous en prendre une part en fonction des besoins et de nos capacités.
  • La transmission informelle » de cœur à cœur. Ecoutons François : « Il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Il s’agit de porter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues. C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple, c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu. » [Evangelii Gaudium 27]. Reste à le faire à bon escient et d’une manière attractive.

 2° – Ces deux modes de témoignage impliquent un état d’esprit particulier.

           Attardons-nous d’abord sur la transmission informelle. Parce qu’on ne peut transmettre que ce qu’on vit, la liste est longue de ce qu’elle n’est pas : elle n’est ni un cours doctrinal, ni la défense de nos options humaines, aussi importantes nous semblent-elles, ni un discours stéréotypé et ignorant des convictions de celui à qui nous nous adressons.

            Jésus, sur la route vers Emmaüs, nous a donné un exemple en 5 temps : Il a commencé par écouter ces deux voyageurs, attentivement, afin de les rejoindre là où ils en étaient, puis il a expliqué, en s’appuyant sur les Ecritures, et leur a témoigné son empathie au point qu’ils sentaient leurs cœurs tout brûlants, ensuite il les a amenés au sacrement et enfin, il leur a inspiré d’aller partager leur joie… aussitôt !

           Cette évangélisation informelle consiste donc en un état d’esprit animé par l’envie de partager la joie qui nous habite. Il associe 1° l’empathie pour ceux à qui on s’adresse ; 2° une vigilance à l’affut de toutes les occasions ; 3° une attention rigoureuse aux interlocuteurs, niveaux et réactions.   Il est important de regarder notre interlocuteur dans les yeux et de se retirer à la moindre marque d’impatience ou de manque d’intérêt, voire de désapprobation : « on en reparle quand tu voudras ». Nous détestons les intrusions dans nos vies et les conseils non sollicités ; de plus ce qui plait à un moment peut importuner à un autre.Trinité A Roublev Novgorod

      On peut donc définir trois règles : 1° l’entretien commence par écouter notre interlocuteur, pour à la fois comprendre ses motivations, s’enrichir de ses idées, lui témoigner notre intérêt, et nous adapter à ses interrogations ; 2° notre démarche consiste davantage à l’aider à découvrir qu’à apporter une réponse bien verrouillée (Jésus, on le voit dans les évangiles, sollicitait la réflexion par des questions ou des paraboles au lieu d’imposer sa réponse et c’est seulement lorsqu’on le lui demandait qu’il expliquait – Mc 26,34). 3° enfin, le ton général doit être souriant et chaleureux (légèreté, tact et si possible humour), excluant toute attitude d’autorité, de réprobation ou d’insistance mal à propos.

    L’évangélisation formelle dans ses multiples variantes doit s’inspirer des mêmes règles. Les deux modalités doivent enrichir autant les cœurs (l’émotionnel et les attitudes) que les intelligences (le bagage doctrinal).

3° – Il faut donc se préparer au fond mais aussi à la forme

♦    Sur le fond – il est nécessaire d’approfondir deux domaines : notre référentiel et celui de l’interlocuteur.

  • Consolider nos bases doctrinales – Notre foi repose sur l’enseignement du Christ interprété à la lumière de l’Église à la suite de deux millénaires d’études, discussions, affrontements et consensus. [En lire plus sur la page Questions/Débats-Laïcs dans la question sur la formation : notamment les modalités et l’importance de l’autoformation guidée.]
  • Nous instruire sur le référentiel de notre interlocuteur, ses bases intellectuelles et son système de pensée – Tout témoignage nécessite de bien comprendre celui à qui nous nous adressons. Cette nécessité m’est apparue lors de mes études de médecine lorsqu’avec quelques amis, nous affrontions les prosélytes communistes qui faisaient de nombreux adeptes : notre petit groupe de catholiques manquait terriblement de connaissance sur leurs convictions et leurs attentes. Nous ne savions presque rien de la substance du communisme. Comment dialoguer sans rien connaître de leurs présupposés ? Depuis, j’ai constaté que pour chaque milieu, y compris celui dans lequel évoluent nos jeunes, nous ne sommes écoutés que si nous avons préalablement exploré leurs attentes et leurs convictions, mais aussi leur mode de fonctionnement intellectuel qui n’est jamais totalement identique au nôtre.

♦     Sur la façon de mener une discussion attractive et instructive.

         Sans technique de dialogue, quel que soit celui à qui nous nous adressons, le risque est grand de bloquer rapidement sur un constat de profonde divergence ou de nous enliser dans un affrontement stérile. La méconnaissance des grands principes peut engendrer de multiples erreurs qui peuvent être plus nuisibles que le silence : le manque d’écoute de l’interlocuteur, l’insuffisante attention à ses convictions, à leurs raisons et à ce qu’elles contiennent de positif, des phrases involontairement blessantes, nos affirmations insuffisamment étayées, l’impatience qui conduit à couper la parole de l’autre irrespectueusement, les réponses « à côté », les digressions hors-sujet, les égarements dans la démonstration, l’emploi d’affirmations alors qu’il eut été préférable de faire découvrir par des questions bien choisies, l’ignorance de méthodes comme le raisonnement analogique et l’étirement jusqu’à l’absurde des idées combattues, l’empathie insuffisamment communiquée, etc.

     Pour qu’un témoignage donne envie d’écouter et ensuite d’adhérer, suivons François : Dans cette prédication, toujours respectueuse et aimable, le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. Il ne faut pas penser que l’annonce évangélique doive se transmettre toujours par des formules déterminées et figées, ou avec des paroles précises qui expriment un contenu absolument invariable. Elle se transmet sous des formes très diverses qu’il serait impossible de décrire ou de cataloguer, dont le peuple de Dieu, avec ses innombrables gestes et signes, est le sujet collectif (Evangelii Gaudium 127).

        A cette manière de discuter, il est nécessaire de s’entrainer. La méthode la plus efficace est la simulation en petit groupe : l’observation des autres est aussi enrichissante que l’exercice personnel. Jeux de rôle et études de cas en petit groupe ont prouvé leur efficacité dans beaucoup de préparations professionnelles. Il est donc utile d’y consacrer des réunions spécifiques.

III – Mettre en place une logistique de préparation et de soutien

          Un minimum d’organisation est indispensable, mais celle-ci ne doit être ni pesante ni paralysante. Les décisions seront d’autant mieux appliquées qu’elles auront été prises de façon communautaire et si possible tournante, pour que chacun ait un rôle à jouer alternativement. La bonne marche des réunions implique de démarrer dans la prière, puis de choisir ensemble un responsable différent à chaque fois.

         On peut rejoindre des mouvements structurés comme les cellules paroissiales d’évangélisation de Don Pigi et le congrès annuel Mission, ou se préparer en paroisse. Le premier pas est la détermination « ensemble » des cibles : si certaines sont d’une nécessité évidente (ados, étudiants, jeunes professionnels, familles, célibataires, veufs, retraités…), d’autres le sont moins (les déçus de l’Église, la communauté musulmane locale, les touristes qui visitent l’église…).

          Pour les modalités formelles, on ne peut se passer d’une réflexion collective ni d’un minimum d’organisation tant pour mettre en place les projets que pour en assurer la pérennité. Les meilleures chances seront réunies si…

les acteurs ont participé au choix du projet et des moyens : définition des cibles prioritaires, constitution des équipes tenant compte des affinités mais aussi des complémentarités, décision des moyens,

un minimum de formation est organisé : sur le fond en fonction des besoins ressentis mais aussi sur la manière de faire. Les partages en équipe sur les expériences vécues et les simulations (jeux de rôle) étant les deux meilleurs moyens de parfaire l’attitude et la manière selon les principes définis plus haut,

des partages communautaires de soutien sont programmés pour éviter découragements et déviances.

            La transmission informelle, elle aussi, bénéficie considérablement de réunions dédiées à des partages d’expérience et à des simulations avec jeux de rôle où chacun s’enrichit des intuitions attractives des autres, mais aussi de ses maladresses.

           Dans tous les cas, un témoignage clair nécessite une forme d’exposé oral audible, compréhensible grâce à une bonne structuration du propos et une expression orale qui transmette que vous n’agissez non pas en prof, mais en témoin désireux de donner ce qu’il possède. Il est donc aussi utile de travailler les fondamentaux et la technique de la communication orale exposés dans le livre « Homélies et Prises de Parole Publiques » ou à défaut, avec les extraits de ce site.

******

       Evangéliser ? Un élan du cœur. Non dans l’improvisation, mais dans une subtile association entre spontanéité et technique, quête des occasions et prudence pour ne pas lasser, écoute et proposition, respect des autres convictions et certitude en la Révélation.

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Transmettre les fondamentaux de notre foi de façon Attractive et Instructive

Dix entretiens de dix minutes dans le cadre de la série « Questions de Vie » de Radio-Ecclesia avec Hélène Sauvignon.

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